Depuis deux ans, Davy Sénécail a posé ses valises à Nice et ses baskets sur la piste du Stade Laurentin Athlétisme. Entraîneur investi, originaire du Nord, il s’apprête pourtant à reprendre la route… mais cette fois‑ci à sa manière.
Son pari : « relier Nice à Lille en courant », résume‑t‑il avec un sourire qui en dit autant de la folie douce du projet que de la détermination qui l’habite. Un défi de 1200 kilomètres, en 15 étapes, pour raconter une histoire plus intime : celle d’un combat contre la bipolarité.
L’idée ne date pas d’hier. « Ça fait 15 ans que je cours. Depuis que je suis petit, ça me trotte dans la tête de faire le tour de France en courant », confie Davy. Mais c’est un épisode sombre qui a transformé ce vieux rêve en moteur.
En 2020, une dépression le frappe de plein fouet. « J’ai dû arrêter le sport pendant plus d’un an. Ça n’allait pas du tout ». Le diagnostic tombe : bipolarité de type 2, une maladie déjà présente dans sa famille. Le traitement, l’accompagnement, la reconstruction… puis la renaissance au bout du tunnel. C’est donc après une pause de cinq ans qu’il renoue avec la course. Une remise en selle qui s’est soldée par une montée en puissance qu’il n’avait jamais vécue et des performances bien au-dessus de ses attentes. « Un an après [son retour au sport Ndlr], j’avais battu tous mes records. Je ne me suis jamais senti aussi bien dans mon corps ».
C’est suite à cela que naît véritablement le projet. Un fil rouge entre deux villes, deux vies, deux états. « Je veux sensibiliser à cette maladie. Beaucoup de personnes en sont atteintes et personne n’en parle », rappelle‑t‑il, indiquant que la bipolarité touche « 2 à 3 % de la population française », et que les maladies mentales restent encore trop souvent tues.
En ce qui concerne le parcours, il est déjà tracé : Nice, Aix‑en‑Provence, Lyon, Dijon, Troyes… avant de terminer à Lille. Un finish lourd de sens, car c’est la ville où il a étudié et où les premiers signes de la maladie sont apparus. « C’était symbolique pour moi d’arriver jusque‑là », nous confie‑t‑il.
Quinze étapes de 80 à 90 kilomètres par jour, un effort titanesque qu’il prépare méthodiquement. Ultra‑trail du Mercantour, Backyard Ultra, marathon, No Finish Line… sont au programme d’une préparation qui va s’étaler jusqu’en juin 2027. « Je m’entraîne beaucoup, beaucoup », glisse‑t‑il, comme pour nous rassurer sur le fait qu’il a bien pris la mesure du challenge auquel il va se frotter.
La logistique, elle aussi, se construit. Davy veut limiter les coûts pour reverser un maximum à l’association Bipolarité France. Il souhaiterait au maximum « dormir chez l’habitant » pour alléger ses frais, même s’il n’exclut pas de passer quelques nuits à l’hôtel pour « se retrouver seul » afin de se ressourcer.
Désormais, il voudrait élargir son réseau de partenaires pour l’accompagner. À l’heure actuelle, il a déjà un ostéo, une nutritionniste et une entreprise lui fournit un système GPS pour le suivre en direct. Il estime son besoin financier entre 2 000 et 3 000 euros. Une somme modique pour cette aventure XXL.
Du côté de son entourage, l’incompréhension du début a laissé place à de la fierté. « J’ai toujours été un peu fou dans ce que je voulais faire. Les gens se doutaient, ça fait longtemps que je veux faire ça », sourit‑il. Une chose est sûre : il peut compter sur le soutien indéfectible de sa conjointe, de sa mère et de ses proches.
Depuis fin mai, il a lancé sa communication. Les réseaux s’emballent : « 40 000 vues en une semaine », des abonnés qui affluent, et surtout un partenariat qui se construit avec le CHU Pasteur et le centre expert bipolaire de Nice. « On va faire des conférences, parler de la maladie et du projet », nous explique‑t‑il. Une manière d’ancrer son défi dans un engagement collectif.
L’été 2027 marquera le départ. Une ligne droite vers le Nord, mais surtout un chemin intérieur, celui d’un homme qui court pour se reconstruire, pour témoigner, pour ouvrir la parole. Et pour montrer que, parfois, la plus grande victoire n’est pas d’arriver au bout du chemin… mais de s’être relevé pour le tenter.

