©Photo Denis Degioanni
L’ADVERSAIRE DEVIENT PARTENAIRE
Le rapport de force est annulé, la compétition est bannie. Au club Laurentin d’Aïkido, la voie de l’unité renforce l’association.

Le corps et l’esprit se rejoignent, et les 65 licenciés d’Aïdiko se donnent rendez-vous afin de créer le vide pour faire le plein. Les athlètes portent le Keiko Gi, les « samouraïs » s’apprêtent à entrer dans leur sanctuaire. Avant de s’élancer sur les tatamis, les sportifs passent à côté du portrait du O Sensei Morihei Ueshiba sans le regarder. L’humilité est une vision centrale. Seul l’Aïkido est salué. Cet art martial reflète le combat intérieur. L’adversaire devient un miroir, il faut amorcer le conflit par son attitude. Denis Degioanni, professeur au club depuis 12 ans, garde sa position et met de la distance sur le principe de compétition : « Il ne faut pas essayer, mais faire. L’objectif est de se maîtriser soi-même. Atteindre la souplesse du corps et de l’esprit est la seule victoire. Éviter la compétition est une réelle conviction, c’est notre force ». Les mouvements se succèdent. La distance est contrôlée, un élève saisi son partenaire. Sans force, juste avec le placement, il parvient à l’amener au sol. Pour Denis, 3 ème Dan, l’enseignement est une philosophie : « Le sport se confond dans la vie de tous les jours. La rivalité avec les autres est annulée. L’Aïkido permet de suivre un certain code de bonne conduite ». Cette philosophie induit les gestes, chaque situation est inédite. Il faut donc s’adapter. À main nue, les « combats » sont rythmés, les techniques s’enchaînent rapidement. Trois armes peuvent également entrer en jeu : le Bokken (sabre en bois), le Jo (une lance d’1 mètre 26) et le Tantō (un couteau). L’objectif est de faire renoncer son double en le déséquilibrant. L’Aïkido reste sur ses appuis, le pacifisme l’emporte.

« Les Occidentaux décomposent chaque action. Dans la pensée asiatique, on regarde la globalité »

Les contes ancestraux des garants de l’Aïkido se transmettent de génération en génération. L’art martial dessine ces pages, et son histoire continue. Les élèves affinent leurs mouvements en faisant le lien avec ces contes asiatiques. Le respect, l’humilité, et la rigueur rythment les séances des entraînements laurentin. La discipline redonne de l’énergie et fait redescendre le stress : « c’est bénéfique pour le cardio, les articulations, et la souplesse du dos permet d’effacer les points de tension ». L’énergie se déplace dans le corps, l’esprit est alors en éveil. En miroir, le O Sensei Morihei Ueshiba se dédouble, l’amorce conflictuelle est recherché. Un sport sans compétition n’est pas dénué d’une activité physique. Au contraire, elle diffuse en plus des valeurs de respect et de bienveillance. Le chemin vers l’excellence de l’Aïkido est long, le courage et la persévérance sont les seuls alliés. Les athlètes suivent des stages obligatoires afin d’atteindre un niveau supérieur, une nouvelle ceinture. Du blanc au noir, la force du bien ajoute de la couleur dans le quotidien de ces pratiquants !