Publié le 28/10/19 par Geoffrey Desvaux

Axel Allongue sur le toit du monde

L’athlète laurentin de 22 ans devient champion du monde du 39e Shidokan Open International Championship

Le soleil se lève, le rêve prend vie, et le Japon met en lumière un nouveau champion. Son titre est gravé à jamais, les émotions sont à fleur de peau. À sa majorité, Axel se tatoue l’emblème du Shidokan et la voie du Samouraï sur le coeur. Sa passion est ancrée depuis son plus jeune âge : « J’ai observé les grands noms de ce sport quand j’étais petit, aujourd’hui j’inscris le mien ».

 

La 39e édition des championnats du monde de Shidokan permet à l’athlète de sortir de l’ombre. Cette discipline consiste à enchaîner trois rounds : le premier au karaté, le second en kick boxing et le dernier en MMA. Dans la catégorie des -75 kg, personne ne fait le poids face à Axel. Son but est de chercher le K.O cérébral, de viser les points vitaux. Son style aérien lui permet de survoler la compétition. Karatéka dans l’âme, il utilise sa souplesse innée pour sonner son adversaire, l’arbitre peut alors siffler le Wazari voire le Ippon. Mais Axel garde de la distance, il attend le premier coup. Mains ouvertes, il ferme toute possibilité à son rival de l’emporter. Yeux baissés, il ne perd pas de vue son objectif.

 

Le tour est joué

 

Au premier tour, Axel Allongue rencontre un jeune chilien de 18 ans. L’athlète plonge dans sa bulle, il contrôle sa respiration. Le profil de son adversaire est analysé en profondeur, il connaît la situation du jeune compétiteur. À 16 ans, Axel partait en Hongrie pour son premier tournoi mondial. Eliminé au premier tour, il sait dans quelle physionomie est son concurrent. Les kimonos sont enfilés. Les parties de 3 minutes se succèdent, Axel doit accélérer. La 39e édition mondiale possède une particuliarité : elle invoque uniquement le Karaté. Axel est dans son monde. Arrivé au 3e round, il met K.O son adversaire à une seconde de la fin : « Il était moins une ». Après cette victoire, le tirage au sort du deuxième tour du 39e championnat du monde est annoncé. Mais il y a un problème. Le prochain combattant est inscrit dans la mauvaise catégorie. Axel gagne donc par forfait. Il profite de ce hasard pour écrire son destin. Le combattant français reste concentré et se prépare pour la  grande finale.

 

Axel Allongue « est prêt ». Le silence se répand, le temps se fige, et son coach le brise avec un dernier conseil « Fais attention au chrono ». Son adversaire est un Mongole. En le voyant, Axel se remémore sa dernière blessure infligée par un de ses compatriotes. Touché à l’oeil, il a perdu 1/10 de sa vue en février. Mais son regard montre qu’il est paré au combat. Ses yeux fixent le tatami « Je dois le mettre rapidement au sol ». Les quatre arbitres se positionnent dans les coins, un drapeau rouge dans une main, un blanc dans l’autre. Les deux camps combattent sous les couleurs de leur pays. Au bout de 40 secondes, Axel Allongue envoie un coup de pied circulaire qui frappe directement son adversaire au niveau de la tête. La technique est maîtrisée, c’est du haut niveau. L’autre combattant tombe : c’est un K.O cérébral. Axel est lui aussi sonné, il ne réalise pas sa prouesse. C’est fait, Axel Allongue est le nouveau champion du monde du Shidokan : « Le titre change la vision des gens, mais j’étais déjà champion dans ma tête ».

 

Un authentique Laurentin

 

Axel est ainsi. Il ne lâche jamais, possède un mental de champion, et le sport se confond avec sa vie de tous les jours. Déterminé, le compétiteur se fixe toujours des objectifs. Jamais énervé, malgré un côté bagarreur, Axel se donne à fond, coup après coup. Le matin, il travaille dans l’entreprise familiale de déménagement de piano. La mélodie de l’effort résonne dans le quotidien du jeune sportif. Son père, son premier fan, le supporte chaque jour. C’est lui qui l’a poussé vers les arts martiaux à 5 ans. Aujourd’hui, Axel met en oeuvre sa maîtrise. Son professeur, José Galluccio, lui, représente un deuxième père. À l’entraînement, le physique, la technique et le mental sont travaillés : « Je dois faire mille coups de poing, tenir pendant 5 minutes des poids, ou encore affronter 10 adversaires les uns après les autres. Cela forge le mental. Je préfère m’entraîner un million de fois sur le même coup, que de connaître un million de techniques ». Axel suit les règles du Dojo Kun et intègre les conseils.

 

Deux mois avant les compétitions, Axel Allongue s’impose une mise en quarantaine. Et à 20 ans, « c’est très difficile ». Le sportif croque la vie à pleines dents, il adore sortir avec ses copains, et surtout festoyer. Mais dans cette période, il n’en est pas question. L’entraînement est rude. Sur la terrasse de son appartement, il enchaîne les exercices de renforcement musculaire. Avec treize heures d’entraînement par semaine, il garde les pieds sur terre en étant sur le tatami. Son coach, Mourad Hosni, est le seul à l’accompagner au championnat. Dans ce sport full-contact : « la famille et les amis sont importants, mais cela rajoute une pression supplémentaire ». Seul, il prend l’avion pour atteindre des sommets. Koweït, Hongrie, Ukraine ou encore Japon, le Shidokan le mène à l’étranger pour gagner des titres. Le Français emprunte la voie du Budo, mais il reste un authentique Laurentin.

 

Un modèle

Le sportif prend du plaisir, il court après les titres, et recherche des sponsors prêts à l’assister. En attendant, Axel continue son parcours du combattant, il souhaite obtenir le diplôme d’instructeur fédéral. Il entraîne déjà les jeunes recrues. Un athlète de 12 ans est également devenu champion du monde en Ukraine avec 3 K.O. Axel est un modèle. Le prochain challenge est en février. Il retourne au Japon pour l’Open International, toutes catégories. Axel affrontera les poids lourds. Avec son « poids plume » et le prénom de sa soeur entouré de deux ailes d’ange tatoué sur l’avant-bras, Axel compte bien, une fois de plus, survoler le championnat.